Cauchemar Bolsonaro . Le Brésil Va-t-il Se Réveiller à Temps ?

By | 2 janvier 2019

Jair Bolsonaro est entré en guerre plutôt qu’en campagne. Refusant tout véritable débat politique, il s’exprime au coup par coup, usant d’un discours haineux à l’égard des militants de gauche, des Noirs, des homosexuels, des femmes. Incitant à la violence, il n’en est pas épargné. Le 6 septembre, il est attaqué à l’arme blanche alors qu’il se trouve au milieu de ses partisans. Ces derniers poursuivent et multiplient à leur tour les actes de violence. Fait particulièrement tragique qui suscite une grande émotion : l’assassinat à coups de couteau, le 8 octobre, d’un maître de capoeira (art martial) dans un bar de Salvador de Bahia. C’est son soutien au PT qui lui coûte la vie.

L’agence de journalisme d’investigation Publica répertorie près d’une centaine d’agressions et deux morts depuis le 7 octobre. Des actes attribués aux électeurs de Bolsonaro. Ce dernier se garde bien de condamner, tout comme l’actuel président Temer.

La violence, mais pas seulement. Ce climat chaotique s’accompagne d’une flambée de fausses informations sur les réseaux sociaux. Une affaire sordide fait l’actualité en fin de campagne. Le PT et son allié, le Parti démocratique des travailleurs (PDT, centre gauche), accusent le camp Bolsorano de mener une « campagne de diffamation » en inondant les réseaux sociaux de messages. Des millions d’utilisateurs sont ciblés par des entreprises acquises au candidat d’extrême droite.

« Il revient au TSE (Tribunal supérieur électoral – NDLR) de prendre des mesures. Il faut convoquer WhatsApp immédiatement, car tout le monde parle d’une nouvelle commande de messages contre ma candidature, prévue pour la semaine prochaine », dénonce Fernando Haddad, le 18 octobre, lors d’un entretien à la radio Globo.

Programme ultralibéral

Le camp Bolsonaro fait enfin parler de lui pour les soupçons de malversations qui pèsent sur Paulo Guedes, conseiller économique ultralibéral du candidat et probable ministre de l’Économie. La presse révèle qu’il est sous le coup d’une enquête. Il serait impliqué dans un vaste détournement de fonds de retraite d’entreprises publiques entre 2009 et 2014 – 1 milliard de réis, soit 231 millions d’euros -, rapporte l’agence Reuters, qui cite le quotidien « Folha » de Sao Paulo.

Haineux, raciste, homophobe, menaçant, le candidat d’extrême droite n’en est pas moins aux portes du pouvoir, à quelques jours du deuxième tour. Quels sont les ressorts qui propulsent ainsi sa candidature ? C’est sans doute en premier lieu la faillite des formations aux commandes du gouvernement sortant, sous la houlette de Michel Temer, lui-même soupçonné de corruption. Les candidats du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB) et du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) dépassent à peine les 6 % des suffrages à eux deux. Cet électorat a basculé en masse dans le camp de Bolsonaro. Trop occupées à défaire le Parti des travailleurs (PT), ces formations-là ont en fait ouvert un boulevard à l’extrême droite.

« Jair Bolsonaro est un produit de la crise démocratique démarrée le 31 août 2016 avec la destitution de Dilma Rousseff – et de la crise économique des cinq dernières années -, suivie par deux ans d’activité d’un gouvernement non élu. Cette séquence, à laquelle Bolsonaro a participé – il a voté la destitution -, échappe in fine aux deux formations qui l’ont provoquée. C’est cette séquence qui a engendré le phénomène Bolsonaro », analyse Christophe Ventura, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Du coup, le candidat rassemble très largement de la droite à l’extrême droite. Au cœur de son ascension : les attentes des classes urbaines aisées, celles de l’électorat sous influence des églises évangéliques… des forces de l’argent, qui tablent sur son projet économique ultralibéral et, enfin, des marchés internationaux. Bolsonaro se promet en effet de privatiser à tout-va, de sabrer dans les dépenses publiques, de « réformer » le système de retraite, d’accroître la « flexibilité » du marché du travail… Une politique sans surprise, celle dont rêvait en fait la droite brésilienne pour briser les acquis sociaux. Mais avec, cette fois, la démocratie à la trappe. La régression nourrit, toujours et de plus belle, la régression.