Grainville à l’Académie

By | 7 février 2018

Patrick Grainville, le romancier à la longue mèche, au verbe enflammé et affûté, est candidat au fauteuil d’Alain Decaux. Il avait failli avoir le prix Goncourt à l’âge de 26 ans pour son deuxième roman! Un petit génie! C’était en 1973, et il était très soutenu par Michel Tournier. Finalement, il l’aura, trois ans après, pour Les Flamboyants. Le titre de ce roman – une épopée africaine et burlesque, la quête d’un peuple sacré au fond des grandes forêts – est l’oriflamme de cet écrivain hors norme et hors mode: son style lyrique, fantastique, luxuriant, embrasse les grands espaces, déborde de couleurs et de chairs. Ce style l’avait fait remarquer d’Henry de Montherlant qui lui avait prédit un grand avenir littéraire. Dès l’origine, son art se distingue de celui de ses contemporains. Le jeune écrivain le revendiquait: «Entre un néo-classicisme, un néo-réalisme sans avenir et une avant-garde jargonnante dont les artifices de ponctuation ou de composition ne m’intéressent pas, je voudrais ouvrir une troisième voie: celle du roman épique populaire.» Il voulait défendre le roman baroque et monumental, parce que la réalité est tellement ouverte selon lui qu’elle ne se laisse pas saisir par un filet de mots trop bien vissés. Il grandit en Normandie, une région à laquelle il n’a jamais retiré son affection. Il lui rend hommage dans son très beau dernier roman, La Falaise des fous (Seuil) qui tourne autour d’Etretat et de Claude Monet. Il poursuivit ses études supérieures au lycée Henri IV puis à la Sorbonne. Agrégé de lettres, il enseigna au lycée Evariste Gallois de Sartrouville, et aucun honneur littéraire ne l’en détourna. Il était l’une des grandes voix qu’on écoutait sur le plateau d’Apostrophe. Critique au Figaro littéraire depuis vingt-cinq ans, il écrit avec une passion jamais démentie sur les romans contemporains. Il est aussi juré du Prix Médicis.