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Regards sur la politique des forêts en France

Depuis le Moyen-Âge, le Royaume puis la Nation ont lutté pour maintenir, puis développer, des ressources forestières soumises aux pressions fortes des besoins de la société française. Cette vision patrimoniale mais utilitariste de la ressource a accompagné la restauration quantitative progressive de la couverture boisée depuis la fin du XIXe siècle. Après la seconde guerre mondiale, une vision productiviste, imitant le développement agricole, l’a remplacée, alors même que la déprise rurale mais aussi les préoccupations concernant les loisirs, puis plus tard la biodiversité et le développement durable, transformaient la réalité sociétale des forêts françaises. Lorsque la gestion de la forêt devenait officiellement multifonctionnelle (loi de 2001), les moyens pour l’y inciter n’étaient pas en place, voire réduits. Le rôle social et environnemental de la forêt, unanimement reconnu, a été délégué aux choix du rédacteur du plan d’aménagement, considéré « garantie de gestion durable », et aux schémas de certification volontaire. Récolter plus de bois est resté constamment la priorité, prétendument pour « diminuer le déficit de la balance commerciale » de la filière forêts-bois, de « payer » la gestion et les autres fonctions, puis aujourd’hui pour « lutter contre les changements climatiques ». Or les connaissances scientifiques et les expériences de terrain de gestionnaires innovants montrent qu’il est au contraire urgent de rénover cette vision erronée, et de fonder les modes de gestion sur la résilience écologique et la plasticité économique des forêts, dont diversité, naturalité et économie en travaux sont des éléments clef. Les forêts françaises sont globalement encore jeunes et en cours de recapitalisation après des siècles de sur-exploitation. Ce fait laisse plus de flexibilité au gestionnaire d’aujourd’hui, notamment face aux aléas climatiques, et permet d’envisager de stocker plus de carbone en forêt. Il est temps aujourd’hui de dépasser les a priori, de regarder avec objectivité les connaissances scientifiques et les réalités des forêts en vue de fonder une autre vision mieux en phase avec les enjeux du XXIe siècle. Plus que jamais depuis un siècle, les choix politiques sont cruciaux pour l’avenir de la qualité des forêts françaises.