Monthly Archives: septembre 2015

Rugby: «On pouvait se doper sans problème»

Aucun sport ne véhicule plus de clichés que le rugby : fraternité, solidarité, tolérance, partage, identité, égalitarisme, etc. Un magma duquel émergeraient les fameuses «valeurs», qui relèvent aujourd’hui surtout du fantasme ou de l’argument marketing. Nous avons éprouvé ces illusions à la réalité telle qu’elle se pose aux joueurs de rugby amateurs. Premier départ au ras de ce rugby d’en bas: le dopage.

Dix heures du matin, mi-juin, un tournoi à VII comme il en fleurit partout à cette période de l’année. Ambiance champêtre, pas de vestiaire, on se change dans l’herbe. Avant le premier match, François (1) retourne à sa voiture. Il ouvre le coffre, prend quelques dosettes. «Ce sont des boosters ça permet d’avoir des jambes de feu pendant le match.» Le produit en question, c’est du Jack 3D. Interdit depuis 2012, il se trouve facilement sur internet.

En vingt ans le rugby s’est transformé : les morphologies sont toujours plus impressionnantes et les soupçons de dopage vont croissant. Le rugby n’a pas – encore — connu son affaire Festina, mais plusieurs signaux sont à l’orange vif. Le Rugby Club de Toulon est au centre d’une nébuleuse affaire. Au début de l’année, le journaliste Pierre Ballester racontait notamment dans Rugby à charge l’histoire de ces 150 joueurs professionnels issus de la même région ayant subitement présenté, entre 2006 et 2008, des anomalies thyroïdiennes. Auparavant, l’ex-pilier international Laurent Benezech avait déjà jeté un pavé dans la mare dans son livre Rugby, où sont tes valeurs?, qui lui a valu un procès, intenté par Philippe Saint-André. Voilà pour l’élite. Nul besoin, cependant, d’aller regarder aussi haut pour trouver des traces de dopage.

Olivier (1), ancien pensionnaire du pôle espoir d’un club de Pro D2 a commencé le rugby à 20 ans quand il est arrivé en France en 2011 : originaire d’Afrique, il ne jouait «qu’au foot» jusque-là. Olivier est arrivé au rugby sur le tard donc : un joueur sec, présentant des capacités athlétiques exceptionnelles. Il débute par le rugby universitaire et le jeu à XIII : «Pour moi, le rugby c’était facile, je prenais le ballon, je courais et je marquais des essais ! Un club de rugby à XV est venu me proposer de jouer chez eux. On jouait en honneur. L’année où je suis arrivé, on a fini champion du Roussillon et champion de France. Assez rapidement, un autre joueur, m’a approché pour me proposer des trucs. Baptiste (1), 3e ligne comme moi. Il me dit : « J’ai des piqûres pour ne plus sentir la douleur pendant le match, si tu veux je t’en file. » Les piqûres, je ne suis pas fan. Des cachets ou de la poudre pourquoi pas, mais les piqûres je n’aimais pas. Autour de moi, pas mal de gars avaient recours à ce genre de produit. Mais y a toujours eu une ambiguïté entre les produits légaux, que ton entraîneur te demande de prendre et les autres dont les joueurs te parlaient. Quand j’y réfléchis, ce qui est drôle, c’est qu’en début d’année, Baptiste, il ne jouait pas beaucoup. A la fin, il était parfois titulaire. Un mec qui se piquait régulièrement m’a dit : « Si tu veux réussir dans le sport, quel qu’il soit, tu es obligé de passer par là… » Lui, je me souviens il se piquait chez lui et se faisait des garrots lui-même.»

La carrière d’Olivier évolue. Le voilà en pôle espoir, en Pro D2. «L’entraîneur me trouvait trop maigre. Il m’a demandé d’acheter des produits, des protéines qu’il fallait prendre une heure avant l’entraînement. Une poudre avec du lait. Ce n’était pas du dopage mais des produits légaux, disponibles dans des boutiques spécialisées. Mais je me souviens d’un joueur qui avait pris ce genre de protéines avant de dormir, au lieu de les prendre 1 heure avant de jouer comme nous avaient dit les entraîneurs. Il a été hospitalisé la nuit même. Ces produits sont tellement forts que si ton corps ne les évacue pas, ça peut être très dangereux. Ce qui m’a marqué, c’est que je n’ai jamais vu un seul contrôle que ce soit en honneur ou en Pro D2 [Olivier jouait dans le championnat espoir, ndlr]. Les gens peuvent se doper sans problème. Et dans les clubs, personne ne venait nous mettre en garde contre telle ou telle pratique. Il n’y avait aucune prévention. On était presque insidieusement encouragé. Ça rend plus fort, on est sûr de jouer le samedi et on n’a aucun risque d’être pris.»

Olivier n’est pas resté longtemps au pôle espoir. Se voyant plutôt poète ou écrivain, il a choisi de privilégier les études à un sport où il aurait pu être international, son pays d’origine l’ayant contacté. Son université a en effet refusé qu’il suive une formation à distance. Quand il rejoue au rugby de temps à autre, «c’est plus pour garder la forme qu’autre chose».

(1) Les prénoms sont modifiés

Vincent Bordenave

La passion, moteur de 41% des jeunes entrepreneurs

Selon les rsultats d’une enqute publie mercredi 23 septembre, les moins de 35 ans mettent en avant leur passion comme valeur essentielle. 30% d’entre eux disent galement avoir soif de reconnaissance sociale.

Qu’est ce qui fait courir les entrepreneurs ? C’est à cette question que tente de répondre l’étude Ifop pour Banque Populaire* menée auprès des chefs d’entreprises et publiée mercredi 23 septembre. premier enseignement: 41% des patrons de moins de 35 ans affirment que la passion constitue leur principal carburant (contre 28 % pour l’ensemble des sondés).

Toutes tranches d’âges confondues, 56% des sondés mettent également en avant l’idée de la réussite et 44% le sens de la responsabilité. Responsabilité vis-à-vis des clients et des salariés, notamment. Les chefs d’entreprise mettent également en avant leur sens du collectif. Pour 30% d’entre eux, la motivation essentielle est de « diriger et fédérer une équipe ».

Toujours innover

Concernant les enjeux principaux, le classement établi par les entrepreneurs est le suivant : d’abord, la pérennité de l’activité économique. Vient ensuite « la qualité du service rendu au client » puis la création de richesse, surtout vue comme un moyen de » répondre aux besoins du collectif. »

L’innovation est vue comme un élément essentiel par les trois quarts des entrepreneurs cités. Une innovation qui passe par les hommes puisque 90% des personnes interrogées affirment nécessaire d’organiser des échanges entre collaborateurs pour contrer « la déshumanisation liée à l’usage des nouvelles technologies ».

Soif de reconnaissance

Près d’un tiers juge également importante la reconnaissance sociale. Ils sont 30% à vouloir être une référence dans leur secteur. A noter que les dirigeants des plus grandes entreprises cherchent surtout à obtenir l’admiration de leurs pairs quand ceux des petites structures disent qu’ils souhaitent être appréciés par les salariés.

*Etude menée par téléphone auprès de 500 chefs d’entreprise de 10 à 500 salariés.

Des webséries de la dernière pluie

Des webséries de la dernière pluie
(The First Musketeer de Harriet Sams)

Un petit aperçu de la sélection officielle du London Raindance Webfest.

Le Raindance Film Festival de Londres se déroulera pour la vingt et unième fois du 25 septembre au 6 octobre. Cette année, sa section de programmes du web devient un véritable « Webfest » qui lui se tiendra les 28 et 29 septembre. Les prix qui seront remis lors de la soirée de clôture comprennent notamment un « Critics Choice » auquel Web Séries Mag a participé. Je ne vais donc pas vous révéler mon coup de cœur, mais plutôt (et mieux) vous offrir un petit tour d’horizon de la sélection officielle en huit séries parmi les nominées.

À tout seigneur, tout honneur, commençons avec 1000 Londoners, une web série documentaire (produite par Mark Currie et Rachel Wang) toute consacrée à la capitale anglaise et plus particulièrement à ses habitants. C’est une série de portraits courts (moins de rois minutes) de Londoniens qui exercent des métiers particuliers. Il y en a un nouveau toutes les semaines et ils en ont déjà diffusé cent.

Du côté des fictions (qui nous intéressent), il y a dans la compétition deux web séries qui sont tout à fait représentatives d’un mouvement actuel des fictions du web vers des récits plus dramatiques et plus profonds. Et ce sont aussi deux petites merveilles d’écriture et de jeu d’acteur.

Le scénario de The Impossibilities (d’Anna Kerrigan, Kati Rediger et Ash Springer) est à peine une histoire, tout juste un prétexte pour que les auteurs puissent montrer leurs talents d’acteurs. Les épisodes « préparent » une rencontre improbable entre une professeur de yoga indécise et un magicien misanthrope. C’est très bien réalisé, tout en finesses et détours, envoutant comme des numéros de passe-passe. Voici la bande annonce.

Dog Bytes est à ranger dans la catégorie des perles rares. C’est même quelque chose d’unique dans le genre de la comédie noire. L’histoire de cette websérie commence en 2012 avec un court métrage brillant (scénario de Amy Hartman et réalisation de Melissa Martin) dans lequel l’acteur John Gresh offre une performance géniale dans un personnage de salaud crasseux, tortionnaire de deux femmes. Ce court-métrage a été acclamé dans de très nombreux festivals et il est devenu l’épisode pilote d’une série qui suit la trajectoire de ces deux femmes alors qu’elles viennent de se libérer. C’est très noir et très drôle.

Au passage je vous signale que la série française Dringdont je vous parlais déjà hier est nominée dans la catégorie « Best ensemble cast ».

Encore quelque chose de rare, une web série d’époque en costumes. The First Musketeer (création et réalisation de Harriet Sams) nous raconte en six épisodes la rencontre d’Athos, Porthos et Aramis six ans avant que D’Artagnan les rejoigne à Paris. Ils sont bientôt plongés dans une aventure inédite lorsqu’on leur confie la mission de retrouver le cardinal de Richelieu pour l’escorter le cardinal de Richelieu. Toute la série a été tournée en France dans la région et les châteaux du Lot et Garonne. C’est parfois un peu bavard ou même longuet, mais la production est franchement luxueuse et c’est toujours un plaisir pour les yeux. Voici la bande annonce :

Et le dernier pour la route ou par acquis de conscience ce sera Redhead Anonymous (d’Elisabeth Ness), une comédie « pour les roux et par les roux » qui concourt pour le « prix de la révélation ». Moi qui suis franchement gris-blanc, j’aime beaucoup cette comédie « colorée ». La bande annonce ci-dessous :

J.B.

La colère des indépendants contre le RSI ne faiblit pas

Quelques milliers d’artisans et de commerants ont dfil Paris ce 21 septembre pour crier leur ras-le-bol. Au mme moment, un rapport parlementaire destin amliorer le fonctionnement du RSI tait remis Manuel Valls. Reportage.

« RSI = racket sans interruption », « Roulés, Sacrifiés, Indignés », « RSI, racket social », les pancartes aux formules choc ont envahi les abords du Quai Branly à paris où les manifestants venus de toute la France avaient rendez-vous pour conspuer leur ennemi commun : le RSI (régime social des indépendants). Les drapeaux de Bretagne et du pays Basque côtoient les revendications de cette foule en colère. Sont-ils aussi nombreux qu’en mars dernier, lors de leur première démonstration de force dans les rues parisiennes ? Oui, à en croire Pascal Geay, organisateur de la manifestation et président de l’association Sauvons nos entreprises. « Nous sommes aussi nombreux qu’il y a six mois, des milliers de personnes sont venues », se réjouit-il en tête du cortège. Pour la police, le cortège flirtait autour des 2 000 personnes. Traditionnel jour de fermeture des commerces, ce lundi était aussi celui de la remise officielle d’un rapport sur le RSI au Premier ministre Manuel Valls.

Un rapport auquel la majorité des participants, visiblement désabusée et déçue par la classe politique, ne croit pas vraiment. « Les hommes politiques trouvent toujours des parades pour gagner du temps et laisser traîner les choses mais nous, du temps, on n’en a plus », dénonce Eric Laurendeau, peintre installé en Basse-Normandie dont la publication sur Facebook a récemment rencontré un écho très fort. L’homme dit qu’il n’a pas voulu mourir en silence et s’est servi de cette photo pour attirer l’attention. Un peu comme tous ces indépendants à bout descendus dans la rue « pour faire du bruit ».

Drapeaux, slogans et banderoles étaient de sortie.

Drapeaux, slogans et banderoles étaient de sortie.

Tiphaine Thuillier

« Une class action contre le RSI »

Pour Sandrine, commerçante parisienne, le plus critiquable, c’est « le manque de rigueur du RSI ». La jeune femme, en procès avec le régime depuis 5 ans, dénonce notamment les arriérés de cotisation réclamés avec brutalité. « Les services de recouvrement mettent une pression terrible pour récupérer certaines sommes en retard, parfois même en usant de stratagèmes pour contourner le délai de prescription, estime-t-elle. Ce qu’ils ne comprennent pas c’est qu’en poussant les gens à mettre la clé sous la porte, ils vont perdre bien plus d’argent que ces cotisations perdues. » Et la jeune femme de souhaiter qu’un groupe d’indépendants qui ont maille à partir avec le RSI se fédèrent pour mener une « class action » contre celui-ci « pour mauvaise gestion ».

Le spectre de la mort et l’angoisse quotidienne de la survie reviennent dans toutes les bouches ou presque. « Ma future retraite me fait très peur, confie Sylvie, secrétaire indépendante dans la Manche. J’essaie de mettre un peu de côté même si c’est très difficile mais je sais que je n’aurai presque rien alors que je cotise pour la retraite et pour la retraite complémentaire », poursuit-elle. Une crainte que le témoignage de Serge, commerçant pendant douze ans, ne risque pas d’apaiser. « Pour le moment, ces douze années de cotisations ne me donnent droit qu’à 59 euros par mois. J’ai pas beaucoup gagné mais beaucoup cotisé et là je me retrouve avec rien », poursuit-il, sans préciser toutefois les montants en jeu.

La Grande Faucheuse dominait le cortège anti-RSI.

La Grande Faucheuse dominait le cortège anti-RSI.

Tiphaine Thuillier

L’auto-déclaration comme solution

Tous ces témoignages aux accents kafkaïens se concluent invariablement par un souhait : que la déclaration et le calcul des revenus et des cotisations soient faites par l’indépendant lui-même. Ce système permettrait de réparer le décalage tant décrié. « Je pense que le gouvernement va lâcher du lest sur ce point, prédit Pascal Geay. Et ce serait la meilleure chose à faire car enfin on pourrait comprendre ce qu’on déclare et ce qu’on paie. » Manuel Valls tranchera-t-il en faveur de cette option? Celle-ci est en tout cas au menu des propositions du rapport Bulteau-Verdier sur le fonctionnement du RSI, remis à Matignon alors même que la foule des indépendants battaient le pavé. Un rapport qui préconise également une harmonisation cinq taux de cotisation actuels en un seul de11,5%. « On les attend sur la question des cotisations et des taux, poursuit Pascal Geay et il faudrait qu’ils fassent plus que les mesurettes de juin. »

Pascal Geay, président de Sauvons nos entreprises.

Pascal Geay, président de Sauvons nos entreprises.

Tiphaine Thuillier

Le cortège poursuvait sa route en direction du boulevard des Invalides mené au micro par Pascal Geay. Le meneur, galvanisé le combat, se dit apolitique mais se réjouit de voir que la question du RSI, elle, « est devenue un problème politique ». Gouvernement et opposition – Bruno le Maire doit déposer prochainement une proposition de loi sur le sujet – se sont saisis du dossier. La rumeur d’une entrevue avec Manuel Valls circule dans le cortège. Puis se confirme. Une délégation est reçue à Matignon. Les indépendants voulaient faire du bruit, auraient-ils été un peu entendus…

Pourquoi les Françaises allaitent-elles moins et moins longtemps que leurs voisines ?

En France, on adore débattre de l’allaitement. Et pour cause, rarement une pratique n’a été autant chargée d’idéologie, d’affirmations péremptoires voire de malentendus, en même temps qu’elle est entre les mains d’une seule personne qui a, sur ce sujet, ses propres désirs et secrets.

«Il faut allaiter», tranche l’Organisation mondiale de la santé. Les raisons sont connues, et on les répète à satiété. «Le lait maternel couvre à lui seul les besoins nutritionnels du nourrisson pendant les six premiers mois de la vie, il a également des effets bénéfiques sur la santé du nourrisson ainsi que sur celle de sa mère». Qui dit mieux ? De ce fait, l’OMS recommande un allaitement maternel exclusif (de tout autre aliment ou boisson) jusqu’à l’âge de 6 mois, suivi d’un allaitement partiel jusqu’à l’âge de 2 ans.

Ce n’est pas tout à fait le cas dans l’Hexagone. Et ce mardi, une vaste étude (1) est publiée dans le BEH, montrant que les femmes allaitent certes un peu plus qu’avant et un peu plus longtemps, mais qu’on est loin des objectifs. Ainsi, «parmi les 70% de mères ayant initié un allaitement, la moyenne de durée d’allaitement était de 17 semaines et celle de l’allaitement prédominant était de 7 semaines». Et à six mois, moins d’un enfant sur cinq recevait encore du lait maternel.

Cette étude, dite Elfe, a consisté à suivre plus de 18 000 enfants nés dans 320 maternités françaises. Elle donne des éléments inédits sur les différences de pratique, sur les raisons paradoxales qui poussent ou non à l’allaitement, mais aussi souligne l’importance du contexte dans lequel vit la mère. Exemple de quelques liens de causalité. L’âge, par exemple : «la durée d’allaitement est plus courte chez les mères âgées de moins de 30 ans, vivant seules, ayant un faible niveau d’études ou ayant repris le travail moins de 10 semaines après l’accouchement».

Le statut social, évidemment : «l’allaitement est plus long chez les mères cadres (que chez les mères employées), en congé parental (que chez celles qui avaient un emploi), ainsi que chez celles ayant suivi des séances de préparation à la naissance».

Autre facteur plus inattendu, le rôle du père : la durée de l’allaitement est plus longue lorsque les pères assistent à l’accouchement. «Le père est un acteur clé du soutien de la femme allaitante… La perception ou ses préférences en matière d’allaitement ne sont pas sans effet sur la durée d’allaitement». Une autre étude, dite Épifane, avait déjà souligné «qu’une vision négative de l’allaitement par le conjoint mène à une durée d’allaitement plus courte».

Le pays de naissance des parents et la situation professionnelle du père jouent, également, un rôle. «Notre étude met en lumière l’importance de l’origine géographique des familles. Ainsi, les enfants dont l’un des parents au moins est né à l’étranger sont allaités plus longtemps que les enfants dont les deux parents sont nés en métropole».

Il y aurait aussi une différence dans la durée d’allaitement selon le statut conjugal des mères. «Les mères seules et celles non mariées mais en couple allaitent moins longtemps que les mères mariées».

Plus classique, l’étude rappelle l’influence du poids de la mère. Pour dire vite, plus elles sont fortes, moins elles allaiteraient. Pour des raisons physiologiques, ces mères ayant une faible sécrétion de prolactine, hormone essentielle à la lactation, mais aussi pour des raisons psychiques, car elles ont bien souvent une mauvaise image de leur corps. «La durée de l’allaitement maternel serait en moyenne plus courte de deux semaines pour les mères en surpoids et de quatre semaines pour les mères obèses relativement aux mères dites normales».

Au final, ce travail pointe un «décrochage» de la prévalence de l’allaitement prédominant à 1 mois et demi, ce qui pourrait correspondre à une anticipation de la reprise du travail. Seuls 18,3% des nourrissons étaient encore allaités de manière prédominante à 4 mois. Alors que nos voisins européens, comme l’Allemagne et l’Italie, ont une prévalence de l’allaitement prédominant à 3-4 mois qui avoisine les 50%. Encore la faute, en somme, à notre  sécurité sociale.

 

(1) «Durée de l’allaitement en France selon les caractéristiques des parents et de la naissance. Résultats de l’étude longitudinale française Elfe» coordonné par Sandra Wagner, dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) du 22 septembre 2015.

Eric Favereau

Dans la peau de Johnny Utah

La semaine dernière, je me suis armé de courage pour réaliser un vieux rêve : un baptême de chute libre. Le genre d’idée totalement dérangée auquel on rêve souvent sans jamais prendre le temps de se lancer. Il faut admettre que le principe de l’expérience est un peu dérange : se précipiter de son plein gré dans le vide depuis un avion à 4000 mètres d’altitude ! Pour vivre cette expérience, je suis allé à l’aéroclub de Castres, où on m’a mis tout de suite dans l’ambiance, puisque dès mon arrivée, j’ai fourni mon certificat médical et signé une assurance vie. Glups, ai-je envie de dire. Puis, après un petit briefing, j’ai enfilé l’équipement de sécurité et pris mes lunettes de saut. On a ensuite décollé à bord d’un petit appareil. Nous étions sept dans un espace à peine plus grand que ma salle de bain. L’attente a été longue. Mais vingt minutes plus tard, on y était. Un des moniteurs a donné le signal du départ pendant qu’un autre ouvrait la porte. Un courant d’air chaud s’est immiscé dans la cabine. Le premier tandem s’est lancé, puis un second, puis un troisième. J’ai regardé la cabine se vider au fur et à mesure, les intestins de plus en plus serrés à la vue de la file d’attente qui fondait à vue d’oeil. Finalement mon tour est arrivé. Face au vide, j’ai inspiré un bon coup puis me suis mis en position. Et avant que j’aie le temps de pousser un cri, on est tombés. Durant les premières secondes, j’ai cru qu’il y avait un problème. On valsait en tous sens, à tel point qu’c’était impossible de dire si on était tête en haut ou en bas. Puis on s’est stabilisés et là, ça a été le plaisir ultime. J’ai regardé en direction du caméraman qui avait sauté en même temps que nous et j’ai levé le pouce, heureux comme jamais. On tombait à plus de 200 km/h et le vent me flagellait le visage. Cinquante secondes de pure euphorie. Ca paraît bien peu, vu le prix que coûte un saut, mais ces poignées de secondes ont une valeur particulière. Je me suis essayé à pas mal d’expériences extrêmes dans ma vie, mais aucune semblable à à ce vol. Si vous n’avez pas froid aux yeux, je n’ai qu’une chose à dire : ne restez pas scotché au sol ! Je vous mets le lien vers le site où j’ai trouvé mon saut en parachute à Castres.

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